Le Front patriotique rwandais, ancienne rébellion au p ouvoir à Kigali, ne serait être juge et partie (13.06.08)

INKINGI FORCES DEMOCRATIQUES
UNIFIEESUNITED DEMOCRATIC FORCES

++31 623075674  ++32 473 575 119  Fax ++ 31847450374

 info@...    www.fdu-udf.org
Postbus 3124  2280 GC Rijswijk  Netherlands

Communiqué de presse

Massacre des religieux à Gakurazo : le Front patriotique rwandais, ancienne rébellion au pouvoir à Kigali, ne serait être juge et partie. 

Quatorze ans après le massacre de 13 religieux à Gakurazo, une localité du centre du Rwanda,  quatre officiers de l’Armée patriotique rwandaise (APR), l’ancienne branche armée du FPR rebaptisée « Forces rwandaises de défense, FRD », auraient été placés sous mandats d’arrêt, ce mercredi 11 juin 2008, selon le journal gouvernemental rwandais « The New Times », en vertu de leur « responsabilité dans le commandement » dans cette boucherie.

 

Les quatre officiers arrêtés seraient le Général de Brigade Wilson GUMISILIZA, le Major Wilson UWISHYAKA, le Capitaine John BUTERA et le Capitaine (démobilisé) Dieudonné RUKEBA.  Quant aux exécutants encore en vie, également des soldats de l’APR, ils demeureraient en liberté. Le Gén. Bde GUMISILIZA, Major au moment du massacre, a été régulièrement promu, a participé à l’extermination de 200.000 réfugiés rwandais en RDC en 1996-97 et figure parmi les quarante officiers recherchés par la justice espagnole pour génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et assassinats commis au Rwanda et en RDC, y compris après 1994 dont les dossiers ont été transmis à Europol et Interpol.

 

Il y a quatorze ans, le 5 juin 1994, entre 19 heures et 20 heures locales, réunis dans le réfectoire du Noviciat des Frères Joséphites de Gakurazo, près de Gitarama (centre du Rwanda), soi-disant pour une réunion de sécurité, Mgr Vincent NSENGIYUMVA, archevêque de Kigali, Mgr Joseph RUZINDANA, évêque de Byumba, Mgr Thaddée NSENGIYUMVA, évêque de Kabgayi et président de la conférence épiscopale, Mgr Jean Marie Vianney RWABILINDA, vicaire général du diocèse de Kabgayi, Mgr Innocent GASABWOYA, ancien vicaire général,  les Abbés Emmanuel UWIMANA, recteur du Petit Séminaire, Sylvestre NDABERETSE, économe général, Bernard NTAMUGABUMWE, représentant préfectoral de l'enseignement catholique, François Xavier MULIGO, curé de la cathédrale, avec ses vicaires Alfred KAYIBANDA et Fidèle GAHONZIRE, tous du même diocèse, l’Abbé Denis MUTABAZI du diocèse de Nyundo ainsi que le Frère Jean Baptiste NSINGA, Supérieur Général des Frères Joséphites, ont été massacrés. 

 

D’après un témoin, « ceux qui étaient près de la porte, comme Sylvestre NDABERETSE, étaient réduits à de véritables passoires. Toutes les victimes étaient allongées et avaient reçu le coup de grâce, une balle dans la tête.   RWABILINDA et GAHONZIRE avaient même les yeux crevés ». Toujours d’après ce témoin, arrêtés à l’Evêché de Kabgayi, le 2 juin 1994, les trois évêques, Mgr Gasabwoya, Mgr Rwabilinda, l'Abbé Muligo, le Frère Nsinga et plus tard l'Abbé Uwimana ont d’abord été conduits de force à Ruhango, plus au sud de Kabgayi, avant d’être ramenés le 5 juin 1994 sur le lieu de leur extermination, où ils ont été regroupés avec d’autres victimes.

 

Il est clair qu’ils ont été exterminés sur ordre et d’après un plan précis qu’il ne saurait être question de confondre avec un acte de vengeance de la part de soldats incontrôlés. Tous les témoignages disponibles prouvent que le massacre de Gakurazo fait partie d’un ensemble de crimes organisés et systématiques commis en 1994 contre des hommes et des femmes d’Eglise, sur toute l’étendu du territoire contre des Rwandais, essentiellement en vertu de leur appartenance ethnique et qui ont été orchestrés au plus haut niveau de la hiérarchie de l’APR et du FPR.

 

Pendant cette période relevant de la compétence temporelle du TPIR, ce n’était pas la première fois que des religieux catholiques étaient massacrés par l’APR. Les abbés Joseph HITIMANA, recteur du Petit Séminaire de Rwesero, Fidèle MULINDA, Faustin MULINDWA, Athanase NKUNDABANYANGA, Econome général du Diocèse de Byumba, ainsi que Gaspard MUDASHIMWA, Christian NKILIYEHE, Alexis HAVUGIMANA, Célestin MUHAYIMANA et Augustin MASHYENDERI ont été tués avec plusieurs chrétiens réfugiés à la Paroisse de Rwesero à partir du 21 avril 1994.

 

Paul Kagame, qui était à la fois « Président du Haut Commandement de l’APR »  et « Vice-président du FPR », doit en répondre, en particulier si, comme le prétend le Procureur Général Martin NGOGA, également cadre du FPR, les quatre officiers ont été arrêtés « en vertu de leur responsabilité dans le commandement ». Le TPIR est donc l’instance adéquate pour connaître de ce crime qui fait partie de son mandat comme l’a reconnu le Bureau du Procureur du TPIR, lors de ses récentes déclarations devant le Conseil de sécurité des Nations Unies.  L’arrestation de ces officiers fait en effet suite aux récentes déclarations du Procureur Hassan Bubacar JALLOW près le TPIR devant le Conseil de Sécurité de l’ONU.

Dans ces conditions, nous sommes choqués d’apprendre que, selon le procureur rwandais, les enquêtes auraient été menées conjointement entre le TPIR et le gouvernement FPR. Il y a lieu de douter de leur crédibilité puisqu’en l’occurrence, le principal suspect était en même temps co-enquêteur.

Personne ne peut ajouter foi aux déclarations du gouvernement FPR en matière de justice, lorsqu’on sait que le premier magistrat du Rwanda, Paul Kagame a publiquement exonéré ses hommes de toute responsabilité, a regretté en même temps que plusieurs millions de Rwandais lui aient échappé en 1994, pour aller trouver refuge  en RDC et a promis que « son armée avait désormais les moyens de faire convenablement son travail », dans son discours de circonstance lors de la 13ème commémoration du génocide, le 7 avril 2007.

Si en principe, nous reconnaissons que tout gouvernement a le devoir et le droit d’instruire et de juger les commanditaires, les auteurs et les complices de crimes commis sur son territoire, nous sommes d’avis que dans le cas d’espèce, le massacre de Gakurazo relève de la compétence du TPIR, étant donné sa gravité et son modus opérande.

Nous réitérons dès lors notre position, à savoir, que le Bureau du Procureur doit assumer ses responsabilités, exercer son droit de préemption et exiger que ces suspects lui soient remis au lieu de tenter de se défausser sur les juridictions du gouvernement FPR, d’autant plus que dans les jugements rendus dans les affaires MUNYAKAZI et KANYABAKIGA, qui font désormais jurisprudence, le TIPR les a jugées inaptes à réunir les conditions d’un procès équitable, ni celles pouvant garantir l’indépendance des magistrats.

Enfin, le bon sens et la jurisprudence du TPIR interdisent que le Bureau du Procureur du TPIR se batte pour obtenir le transfert de dossiers dont il a la compétence, y compris ceux pouvant être jugés devant des juridictions de pays remplissant les standards internationaux, vers les juridictions de l’Etat rwandais, un Etat dont le Chef est passible de poursuites devant le TPIR « en vertu de sa responsabilité de commandement » et qu’en même temps, il leur délègue en partie la responsabilité et la conduite des enquêtes, la conduite du procès et l’exécution des peines éventuelles, pour des crimes dont ses dirigeants au plus haut niveau sont responsables.

Fait à  Bruxelles, le 13 juin 2008

Dr Jean-Baptiste MBERABAHIZI

Secrétaire Général et Porte-parole

            (sé)