- Introduction
- La vraie nature du FPR : une dictature personnifiée et une terreur pour la population
- L’impunité comme source d’instabilité dans la région des Grands Lacs.
- Une justice impossible au Rwanda sous le régime FPR
- De la mauvaise gestion des ressources économiques
- Du non-respect des valeurs démocratiques et des droits et des libertés des citoyens
- Préalables pour une paix durable au Rwanda et dans les pays des grands lacs
- Conclusion
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1. Introduction
La situation tragique du Rwanda est la résultante de toute une histoire politique et sociale marquée par des inégalités, des frustrations, des rivalités, des divisions aussi bien ethniques que régionales, etc. C’est ce qui a entraîné le peuple rwandais à vivre des moments dramatiques qui ont atteint le paroxysme avec le génocide rwandais, corollaire à la guerre d’octobre 1990, qui a décimé plus de 3 millions de personnes, soit un peu plus de 1/3 de la population. Il faut bien que les rwandais reconnaissent et assument cette triste réalité.
L’opposition démocratique rwandaise est convaincue que le génocide et la tragédie rwandaise dans son entièreté tirent leurs racines dans la criminalité étatique et non dans une quelconque prédisposition « innée » des différentes composantes de la société rwandaise à s’entretuer. De ce fait, les démocrates rwandais s’insurgent contre l’exploitation éhontée et cynique du drame de tout
un peuple par le régime du FPR qui assimile tout opposant politique ou tout autre leader d’opinion à un « génocidaire » pour mieux le museler.
Bien que la question ethnique reste une réalité politique, l’opposition démocratique rwandaise estime que c'est surtout la logique tragique de la manipulation de l’ethnie à des fins politiques qu'il faut éradiquer. Réduire la tragédie rwandaise à une rivalité entre la majorité Hutu et la minorité Tutsi, c'est faire cas de confiance naïve de l'homogénéité politique supposée des Hutus ou des Tutsis. L’ethnisme et le régionalisme ne sont pas un produit fatal de l’histoire du Rwanda. Ils sont le résultat de luttes pour le pouvoir entre certaines élites cupides dont la stratégie consiste souvent à instrumentaliser l’appartenance ethnique et/ou régionale des Rwandais pour se maintenir ou
conquérir le pouvoir.
2. La vraie nature du FPR : une dictature personnifiée et une terreur pour la population
Lors de son invasion du Rwanda, le Front Patriotique Rwandais (FPR) s’est justifié par deux raisons essentielles : le retour des réfugiés Tutsi et la démocratisation du pays. Or, il est vite apparu que toutes ces raisons n'étaient que des prétextes. En effet, le FPR a choisi d'attaquer le Rwanda au moment où le processus de démocratisation commençait à se mettre en place sous l'impulsion conjuguée des forces politiques de l'intérieur et des pressions extérieures. Nonobstant, les ténors du FPR décidèrent de recourir à la force. Aujourd’hui, il ne subsiste plus aucun doute que la stratégie du FPR était de prendre de vitesse le processus démocratique et de s’emparer de tout le pouvoir par la force, évitant ainsi de devoir affronter l’incertitude du verdict des urnes.
Le Front Patriotique Rwandais s’est emparé du pouvoir par les armes, sans autre base politique. Pour conserver ce pouvoir, il a dû concevoir un plan diabolique visant l’instauration d’un climat de terreur permanent au sein de la population rwandaise qui ne se reconnaît pas dans cette formation militariste. Les massacres systématiques et les diverses exactions dont les populations civiles ont été fréquemment l’objet, font partie intégrante de ce plan macabre.
Les atrocités ci-après commises sur la population civile méritent d’être citées :
- les massacres sélectifs commis dans les zones de combat entre 1990 et 1994 pendant la campagne militaire de prise du pouvoir, particulièrement dans les régions nord-est du pays (Byumba, Umutara, Kibungo et Bugesera) ;
- les tueries massives de populations civiles dans toutes les régions du pays au lendemain de la mise en place du 1er gouvernement FPR le 19 juillet 1994, ainsi que l’élimination systématique, par assassinats et emprisonnement, de l’élite politique et sociale d’avant 1994. Le rapport de Monsieur Robert Gersony est à ce sujet assez éloquent. Cet expert, de nationalité américaine, avait été mandaté par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) pour évaluer l’état de la sécurité et du respect des droits de l’homme au Rwanda après la prise du pouvoir par le FPR, soit de juillet à septembre 1994. Son rapport concluait donc que l’armée gouvernementale du FPR avait commis des massacres collectifs à grande échelle à l’encontre des populations civiles innocentes. Ce même rapport a recensé plus de 30.000 victimes d’ethnie hutu massacrées par l’armée du FPR en seulement deux mois dans les régions nord-est du pays (Umutara, Kibungo et Bugesera).
- les massacres des réfugiés au delà des frontières rwandaises, notamment dans l’ex-Zaïre en 1996-1997 ;
- les massacres de populations civiles, surtout dans le nord du pays, arbitrairement accusées de collision avec les « abacengezi » (miliciens responsables du génocide) ;
- de fortes présomptions pèsent également sur la responsabilité du FPR dans l’attentat contre l’avion présidentiel qui a coûté la vie au Président Juvénal Habyarimana, son homologue burundais Cyprien Ntaryamira et leurs suites.
- Le FPR a refusé l’intervention de la force internationale pour arrêter les massacres afin que celle-ci n’entrave sa victoire totale [Réf. :‘‘United Press International May 23, 1994, Monday, BC cycle;, AFP; AP ; Le Monde mercredi 4 mai 1994 B7Reuter ; Copyright 1994 Caledonian Newspapers Ltd. The Herald (Glasgow) May 18, 1994’’)].
- D’autres révélations accablantes mettant en évidence l’implication du Front Patriotique Rwandais (FPR) dans le génocide rwandais continuent à s’accumuler, tels les témoignages de deux anciens de l’armée du FPR : Abdul Josué Ruzibiza et Aloys Ruyenzi.
3. L’impunité comme source d’instabilité dans la région des Grands Lacs.
Ce sont les mêmes auteurs des massacres de populations civiles innocentes depuis les années 80 en Ouganda déjà, qui poursuivent leur macabre forfait au Rwanda, et même en RDC.
En créant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait suscité l’espoir d’une justice réparatrice et réconciliatrice. Les Nations Unies avaient en effet mené des enquêtes avant de créer le TPIR ; les rapports des experts des Nations Unies accusent les deux belligérants rwandais en 1994 d'avoir tous deux commis des crimes contre l’humanité et des violations graves du droit humanitaire international pendant la période allant du 6 avril 1994 au 15 juillet 1994, crimes sous mandat du TPIR (Cfr. : Le rapport préliminaire S/1994/1125 ainsi que le rapport final S/1994/1405 de la Commission Impartiale des Experts des Nations Unies sur le génocide rwandais de 1994 ; Boutros Boutros-Ghali et al., The United Nations and Rwanda , 1933-1996, New York, July 1996).
D’autres rapports, notamment ceux de Human Rights Watch (http://www.hrw.org ), d’Amnistie Internationale ( http://www.amnesty.org), du Centre International des Droits de la Personne et du Développement Démocratique (http://www.ichrdd.ca), accusant l’armée patriotique rwandaise (APR) de crimes de guerre, de crimes contre la paix et l’humanité avant, durant et après le génocide de 1994 existent.
On s’attendait donc logiquement à ce que ce Tribunal aide réellement les rwandais à se réconcilier et à mettre fin à l’impunité au Rwanda et dans la région des Grands Lacs d’Afrique, notamment en traduisant en justice tous les responsables d’actes de génocide, de crimes contre l’humanité et des crimes de guerre perpétrés par les deux parties en conflit au Rwanda, au moins durant la période couverte par le mandat de ce Tribunal. Or jusqu’à présent le TPIR s’est limité à poursuivre uniquement une partie en conflit et les efforts pour traduire devant ce Tribunal des éléments du FPR, présumés coupables restent vains. Tout se passe actuellement comme si le TPIR avait choisi son camp, ce qui ne contribue certainement pas à faire connaître la vérité sur le drame rwandais pour l'intérêt de la justice, de la paix et de la réconciliation du peuple rwandais.
Seuls ceux qui ont perdu le pouvoir au Rwanda ont été inculpés ou sont entrain d'être jugés, tandis que ceux qui ont conquis le pouvoir jouissent d’une impunité totale qui leur autorise de perpétrer d’autres massacres dans la région sans qu’ils ne soient inquiétés. Au lieu de contribuer à la réconciliation nationale, le TPIR radicalise la société rwandaise et lance un message que tout est permis aux vainqueurs. C’est cette impunité qui a encouragé le FPR à poursuivre ses actes criminels au-delà de la frontière rwandaise notamment par la guerre qu’il a provoquée en RDC où des crimes contre l’humanité se commettent encore au vu et au su de tout le monde. Plus de 4 millions de congolais ont perdu ainsi la vie en toute impunité depuis 1996.
Il est fondamental de comprendre comment non seulement le FPR a déstabilisé la région, mais aussi à quel point il a attisé la haine ethnique et exposé toute la communauté Tutsi de la sous-région. Le FPR est devenu ainsi le pire danger des Tutsi dans la région des Grands Lacs. Comme l’instinct de survie politique et économique ne donne aucun autre choix à l’oligarchie militariste du FPR que d’entretenir la répression et les guerres de conquêtes, il est certain que le FPR continuera sa fuite en avant, notamment pour trouver une occupation à des militaires dont la démobilisation effective lui serait fatale.
Pour mettre fin à la polarisation ethnique et à cette impunité, il faut créer des conditions qui permettent à la Communauté internationale et aux rwandais en particulier, de traduire aussi en justice les membres du FPR, responsables d’actes de génocides, de crimes contre la paix et l’humanité, de crimes de guerres et de crimes économiques commis au Rwanda depuis 1990 et en RDC depuis 1996. [Cfr. : Le Conseil de Sécurité de l’ONU, dans la Déclaration du Président (S/PRST/1998/20) du 13 juillet 1998 sur base du Rapport de l’Equipe d’enquête du Secrétaire Général (S/1998/581)]
4. Une justice impossible au Rwanda sous le régime FPR
Ce serait une grande illusion de prétendre que la justice rwandaise, dans sa forme actuelle, pourrait réussir là où la justice internationale a failli.
Selon des sources gouvernementales à Kigali, plus de cent mille personnes croupissent encore dansdes prisons mouroirs du Rwanda. Parmi elles figurent des personnes détenues plus de onze ans sans dossiers. Pour être libérés, le régime dictatorial du FPR exige des détenus de se déclarer coupables. Le gouvernement de Paul Kagame attribue cette accumulation de retard dans le jugement au manque de moyens logistiques et humains. Mais cela n’est qu’une diversion car on se rappelle qu’en 1995 le FPR a refusé une offre du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) et même celui du gouvernement hollandais visant à dépêcher sur place des juristes étrangers pour aider à remettre sur les rails le système judiciaire.
Pour faire face à cette situation le FPR a mis en place un palliatif. Ainsi, la dictature du FPR a présenté les tribunaux GACACA comme une solution. Or ces tribunaux d’exception restent bien en deçà des standards internationaux des droits humains. En effet les accusés n’ont droit à aucun conseil juridique et compte tenu de l’extrême politisation de cette instance, des personnes accusées de mêmes crimes peuvent se voir versées dans différentes catégories de peines différentes. Plus révélateur encore, la loi instaurant les GACACA les autorise à connaître l’accusation de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et le génocide, à l’exception de ceux commis par les membres du FPR et de son armée. Actuellement, seuls sont jugés les membres de la communauté hutu suspectés d'implication dans le crime de génocide envers les Tutsi. Le régime de Paul Kagame interdit à ces juridictions Gacaca d’être saisies des crimes que les membres du FPR ont commis contre la population civile innocente.
Comme il fallait s’y attendre, les juridictions Gacaca n’ont pas été mises en place pour désengorger les prisons, mais pour servir d’épurateur au régime FPR. Lundi le 14 mars 2005, le Secrétaire général au Ministère de la justice a déclaré que 761.448 personnes suspectées d'avoir pris part au génocide des Tutsi avaient été identifiées lors des enquêtes judiciaires menées par les tribunaux Gacaca (AFP du 15 mars 2005). Avec un tel nombre de cas à traiter, les tribunaux spéciaux Gacaca ne termineraient plus leurs travaux dans 7 ans, comme initialement prévu, mais plutôt dans plus de 40 ans. Le même jour la Secrétaire exécutive du Service national des juridictions Gacaca au Ministère de la justice, a déclaré devant le parlement rwandais que 668 personnes occupant des postes de direction au Rwanda, dont trois membres du parlement, étaient suspectées de génocide et devraient démissionner de leurs fonctions. Les Gacaca sont donc devenus un outil pour parachever l’épuration ethnique et écarter complètement des « insoumis politiques » dans les instances étatiques et para-étatiques.
Dans le Rwanda ancien, la fonction de Gacaca était fondamentalement celle de réconcilier les voisins. Or, l’interférence journalière du pouvoir exécutif et du FPR dans le système judiciaire paralyse la justice au Rwanda et ne peut en aucun cas favoriser la réconciliation. Cette réconciliation est d’autant plus impossible avec une Constitution qui consacre l’impunité, dans un système où la population est soumise à un deuil discriminatoire permettant aux uns de pleurer et d'enterrer leurs morts dans la dignité, tout en le refusant aux autres. C’est pourquoi il sera difficile de parler de la réconciliation nationale, source de stabilité au Rwanda et dans la région des Grands Lacs, sans justice équitable pour toutes les composantes de la société rwandaise.
5. De la mauvaise gestion des ressources économiques
Le régime FPR prétend que l’économie du pays va bien. Il produit de faux rapports sur la prospérité du pays et l’augmentation du revenu national pour plaire aux instances de Bretton Woods et pays donateurs, malgré que les populations de certaines régions continuent de mourir de faim. Même les régions du Nord et de l’Est, jadis considérées comme greniers du pays, connaissent actuellement des problèmes alimentaires.
Pour des visiteurs non avertis, la vie et la prospérité économique affichée par le Rwanda se limitent à ce qu’ils voient dans des villes et notamment à Kigali, où les diamants et l’or pillés en RDC servent au plein développement du secteur immobilier dominé par les dignitaires du régime alors que la masse populaire baigne dans une misère abjecte. Sur les collines, les ruraux sont soumis à un processus de paupérisation croissante. Il n’y a plus de monétarisation de la campagne ; les activités économiques y sont au point mort ; beaucoup de paysans se sont rabattus de nouveau sur le système de troc. La vie coûte trop chère, beaucoup d’enfants n’ont pas d’habits ni de moyens pour aller à l’école, les médicaments manquent dans les hôpitaux, etc. Malgré que sous le règne du FPR le Rwanda ait reçu plus de trois fois l’aide au développement que les autres régimes précédents, ce pays reste parmi les plus pauvres de cette planète avec une population de plus de 85% vivant sous le seuil de la pauvreté !
Sous prétexte d’appliquer la politique de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International, le régime de Kagame en a profité pour vendre toutes les entreprises publiques et semi-publiques dont les acheteurs ne sont autres que des membres du FPR et leurs associés. Les prix payés sont dérisoires et loin de la valeur réelle de ces entreprises.
Les dignitaires du régime du FPR n’ont pas épargné les banques rwandaises. Selon la Banque Nationale du Rwanda, pour seulement l’an 2003, il y eut des détournements de plus de 56 millions de dollars américains. Quant au rapport de l’Auditeur Général du mois de mars 2004, il a relevé la disparition de fonds d’un montant de plus de 7 millions de dollars américains qui se sont évaporés de la caisse de l’Etat ; tout ceci sans compter d’autres détournements que le régime fait en utilisant des multiples ONG locales et sociétés fantoches qu’il a créées comme Rwanda Development Organization, TriStars investment, Highland flowers, Alliance Express, etc.
Dans ces conditions, personne ne peut plus croire les statistiques relatives au redressement économique prétendu par le régime FPR.
6. Du non-respect des valeurs démocratiques et des droits et des libertés des citoyens
Le régime actuel dominé par le FPR n’a pas su tirer les leçons du passé dramatique lointain et récent du pays en vue d’une reconstitution effective du tissu social tant déchiré. Malgré les apparences que les dirigeants du FPR s’efforcent de faire accepter, la situation sociale et politique du pays reste préoccupante. Depuis l'installation du FPR à Kigali, les rennes du pouvoir ont été réquisitionnés par les extrémistes de ce Front qui se sont illustrés par des violations graves et répétées des droits humains. Le régime du FPR a complètement fermé l’espace politique et ne tolère aucune sensibilité politique différente qui ne lui soit pas inféodée. Le FPR, en se confondant avec l’Etat, veut confiner tous les citoyens à une idéologie unique en les contraignant notamment à un lavage de cerveau à travers ses sessions d’endoctrinement « INGANDO ».
Après douze ans de règne, le FPR ne peut apporter ni la démocratie au Rwanda ni la réconciliation entre les Rwandais. Le non-respect des valeurs démocratiques, des droits et libertés des citoyens a atteint son paroxysme en 2003 avec des simulacres de consultations populaires : Référendum constitutionnel du 26 mai 2003 ; élection présidentielle du 25 août 2003 ; élections législatives du 29 septembre au 2 octobre 2003. Ces scrutins visant la légitimation du FPR se sont déroulés dans un climat d’extrême tension. Durant la campagne électorale, Paul Kagame est monté personnellement au créneau pour menacer la population et l’opposition en déclarant, le 31 mars 2003, à Bwisige dans le Nord du pays «qu’il écraserait toute personne qui lui barrerait la route» ou encore qu’il «laissera le pays dans le sang où il l’a trouvé le jour où il sera obligé de le quitter ».
Tout le processus électoral fut marqué par une répression systématique visant à assurer une majorité absolue au régime FPR. On rappellera notamment :
- La dissolution du parti MDR, pourtant membre de la coalition gouvernementale depuis 1994 ;
- Les intimidations, les emprisonnements ainsi que les assassinats des partisans des candidats présumés de l’opposition ;
- La disparition des leaders présumés de l’opposition tels que le Colonel Cyiza et le Député Hitimana ;
- L’emprisonnement et le harcèlement des leaders du parti PDR-Ubuyanja (Parti pour la Démocratie et le Renouveau), du parti MDR (Mouvement Démocratique Républicain), du parti ADEP-Mizero, des journalistes et des défenseurs des droits de la personne non inféodés au FPR;
- Le refus d’octroyer au parti ADEP-Mizero la personnalité juridique, etc.
Parmi les dispositions dans la constitution antidémocratique et liberticide, déjà modifiée à plusieurs reprises depuis 2003 par un Parlement totalement soumis au Président Paul Kagame et pour répondre aux desseins machiavéliques du FPR, on peut relever notamment :
- l’article 52, alinéa 4, qui stipule que les structures dirigeantes des partis et formations politiques s’organisent uniquement au niveau national et au niveau de la Province et de la ville de Kigali.
Cet article vise à maintenir le statu quo politique qui coupe les autres partis politiques de la population et de leur base pour n’en faire que des caisses de résonance et des organes d’exécution de la seule volonté du FPR. - l’article 56 qui consacre le Forum des partis dominé par le FPR auquel chaque parti politique agréé est obligé d’adhérer et en dehors duquel aucun parti politique n’a le droit de mener les activités politiques ; ceci veut dire que de gré ou de force, tous les partis politiques sont solidaires et membres de la coalition gouvernementale dirigée par un Premier Ministre issu d’un parti politique dont ils ne partagent nécessairement pas ni la vision ni le programme politiques.
Le régime FPR a donc confisqué les droits et les libertés du peuple rwandais. Il viole les principes démocratiques et les libertés civiles et politiques des citoyens universellement reconnus par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que d’autres instruments relatifs aux droits humains ratifiés par le Rwanda. Il est inacceptable que cette situation perdure.
7. Préalables pour une paix durable au Rwanda et dans les pays des grands lacs
Le spectre d’un nouveau génocide contre les Tutsi au Rwanda, perpétuellement entretenu par le régime FPR, est une manoeuvre dilatoire visant à asseoir sa dictature et à justifier ses velléités hégémoniques et expansionnistes dans la région des Grands Lacs. Même les plus incrédules ne doutent plus de la responsabilité des membres du FPR dans le génocide rwandais, ainsi que dans les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis dans la région des Grands Lacs d’Afrique depuis ces dernières décennies.
Pendant toutes ces années de règne, le FPR a planifié et exécuté des invasions contre la République Démocratique du Congo au cours desquelles son armée (APR) a massacré des réfugiés rwandais et d’innombrables Congolais, et a pillé des ressources minières et autres richesses de ce pays. Des rapports d’ONGs dignes de foi font état de plus de quatre millions de Congolais morts depuis 1998 à cause de cette guerre.
La paix et la sécurité de la région ne dépendent pas seulement du désarmement et du rapatriement des rebelles hutu rwandais, mais surtout d’une solution politique globale. La paix dans la sous région restera menacée tant qu’une solution appropriée au très lourd contentieux inter-rwandais ne sera pas trouvée, car c’est le Rwanda qui constitue le principal foyer de l’incendie qui ravage la région des grands lacs.
8. Conclusion
L’image du Rwanda sous le régime du FPR est celle d’un pays en faillite ; celle d’un bateau en déperdition. Durant toute cette période, le FPR ne s’est attaché qu’à asseoir son régime sur la baïonnette, par la répression systématique à l’égard d’opposants réels ou supposés. Son système n'offre aux Rwandais qu'une seule alternative : se soumettre ou disparaître. Il intègre qui il veut,
chasse qui il veut et quand il le veut. C’est ainsi que l’ex-Président rwandais Pasteur Bizimungu et son Ministre des Travaux Publics, Charles Ntakirutinka ont été écroués, accusés formellement d’avoir porté atteinte à la sécurité de l’Etat pour avoir osé créer un Parti politique d’opposition au FPR. Pressentant le danger de rester au pays face au régime dictatorial de Paul Kagame, plusieurs
personnalités politiques, civiles ou militaires au plus haut niveau continuent de s'exiler pour trouver refuge et sécurité à l’étranger. L'opposition rwandaise n'existe plus que dans la diaspora. C'est cette situation que décrit si bien l'ONG " International Crisis Group" dans son dernier rapport publié sur le
Rwanda, le 13 novembre 2002 intitulé "Fin de transition au Rwanda : Une libéralisation politique nécessaire" et dont les analyses et les recommandations sont fort pertinentes.
Qu’attendre d’un régime qui se refusent à tout dialogue et qui se réfugie dans la globalisation du crime à toute une ethnie ? Qu’inspire la déclaration du Chef de l’Etat selon laquelle : " Des enfants de génocidaires, élevés dans l'idéologie du génocide, sont potentiellement aussi dangereux que leurs parents ... " [Interview Kagame à Jeune Afrique l’Intelligent sur le Congo - février 28, 2005].
L’implication de plus en plus évidente des responsables du FPR dans le drame rwandais et leur coresponsabilité dans la genèse et l’exécution du génocide rwandais amènent à conclure que le FPR n’a plus d’autorité morale pour diriger et gérer le pays.
Les options maximalistes du FPR rendent ipso facto légitime toute révolte contre la tyrannie et l'oppression. En refusant le dialogue et la paix, le FPR accrédite la thèse selon laquelle il faut affronter l’adversaire sur son terrain de prédilection. L’opposition démocratique rwandaise se doit donc désormais d’ajuster sa stratégie afin de se mettre en phase avec la nature du régime qu’elle entend combattre.
C’est pourquoi :
- Vu la situation politique qui règne au Rwanda, caractérisée par la confiscation de tout le pouvoir par une dictature militaire, une justice en panne, la corruption généralisée, une paupérisation et une indigence criante provoquée et voulue pour maintenir la population en dépendance permanente afin de mieux la soumettre ;
- Compte tenu du refus catégorique du FPR à répondre aux multiples appels lancés par l’opposition démocratique pour libéraliser la vie politique au Rwanda et pour tenir un dialogue inter-rwandais hautement inclusif entre les différentes composantes de la société, en vue de se mettre d’accord sur un meilleur système de gouvernance et les règles de la gestion du pouvoir politique, en établissant notamment des arrangements constitutionnels et institutionnels qui sécurisent et rassurent tout un chacun ;
- Constatant que le FPR a institutionnalisé le refus des libertés fondamentales des droits de l’homme en imposant au peuple rwandais une Constitution liberticide, fermant notamment tout espace politique à tout parti d’opposition et à la liberté d’action de la société qui ne lui soient pas inféodés ;
- Devant la dégradation continue de la situation politique au Rwanda, caractérisée par une instabilité administrative continue, un régime qui terrorise le peuple rwandais et entrave l'exercice de ses droits politiques par des arrestations arbitraires et des disparitions continues des opposants réels ou supposés ;
- Condamnant sans équivoque le génocide commis contre les Tutsi et le génocide commis contre les Hutu et la population congolaise ;
- Constatant que la paix et la sécurité dans la sous-région des Grands Lacs d’Afrique resteront menacées tant qu’une solution appropriée au très lourd contentieux inter-rwandais ne sera pas trouvée, car c’est le Rwanda qui constitue le principal foyer de l’incendie qui ravage actuellement la sous-région ;
- Vu le contenu de l’Accord de paix d’Arusha qui constitue la base fondamentale de référence juridique reconnue par toutes les parties, notamment en ce qui concerne le protocole relatif à l'Etat de droit surtout en ses articles 5, 6 et 7 qui stipulent que les parties en conflit se sont accordées sur l'universalité de la démocratie et les principes sur lesquels elle est fondée; que la représentation populaire doit être le reflet authentique de la volonté des citoyens; que toute la souveraineté appartient au peuple; que le pluralisme est l'expression des libertés individuelles et que le multipartisme implique la légitimité de l'opposition;
- Fermement engagées à créer un environnement politique qui permette à chaque formation politique de présenter son projet de société à la population sans entrave aucune conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que d’autres instruments relatifs aux droits humains ratifiés par le Rwanda;
L’opposition démocratique rwandaise se voit aujourd’hui obligé d’explorer d’autres voies tout aussi légitimes, tels que prévues dans la déclaration universelle des droits de l’homme, en vue de l’instauration d’un système démocratique authentique au Rwanda. Elle décide pour ce faire de mettre en place « Les Forces Démocratiques Unifiées », FDU en sigle.
Les Forces Démocratiques Unifiées (FDU) ont pour objectifs de :
- conduire une politique de résistance active contre la dictature militaire au Rwanda ;
- mettre en place un régime respectueux des standards démocratiques internationaux, qui prévoit des dispositions constitutionnelles et institutionnelles pour sécuriser et rassurer tout un chacun, et qui respecte la souveraineté des autres peuples et l’intangibilité des frontières ;
- Cultiver l'esprit de tolérance préalable au dialogue et à la réconciliation, conditions pour rétablir la démocratie qui permettra aux citoyens de choisir souverainement leurs gouvernants et de décider eux-mêmes quel type de gestion du pouvoir leur convient ;
- Instaurer une justice saine, indépendante, équitable et impartiale ; rechercher la vérité sur le drame rwandais en vue d’aider la justice à établir les responsabilités et à punir les véritables coupables des malheurs qui ont endeuillé et endeuillent encore le peuple rwandais, sans aucune discrimination ni entre les auteurs ni entre les victimes, et selon la vraie nature de chaque crime ;
- Lutter contre l’injustice sociale et protéger les groupes vulnérables, notamment les rescapés du génocide des tutsi ainsi que les rescapés du génocide des hutu et d’autres massacres, les rapatriés, les groupes dépossédés de leurs biens, les veuves, les orphelins et les victimes des sévices sexuels ;
- Permettre la recherche de solutions adaptées aux exigences de notre temps et à la conjoncture politique actuelle de notre pays, et de mettre en place un programme qui offre des garanties aux différentes composantes de la société rwandaise pour que chacune se sente sécurisée et rassurée dans le cheminement du processus d’instauration d’une véritable démocratie pluraliste ;
- Aboutir à un renouveau démocratique d'un peuple réconcilié où la citoyenneté est une réalité dans les institutions et dans tous les secteurs de la vie du pays, et où les gens se reconnaissent d’abord autour des idées politiques qu’ils partagent et non sur base de l’appartenance ethnique, clanique, régionale ou autres.
Bruxelles, le 29 avril 2006
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