Manifester le 6 avril 2012, c’est construire une mémoire collective nationale.

Par Dr Jean-Baptiste Mberabahizi

Secrétaire général et Porte-parole

Dans « Les cadres sociaux de la mémoire » (Ed. ALCAN, Paris, 1925), Maurice Halbwachs, philosophe, homme de lettres et sociologue français mort en déportation à Buchenwald (Allemagne), le 16 mars 1945, a planté les mécanismes de construction de la mémoire collective. Pierre Nora rend compte de cette trouvaille de génie d’Halbwachs, en la définissant comme « souvenir ou ensemble de souvenirs, conscients ou non, d’une expérience vécue et/ou mythifiée par une collectivité vivante de l’identité de laquelle le sentiment du passé fait partie intégrante. »

Le mois d’Avril est pour la nation rwandaise, ou plutôt pour ce qu’il en reste, un mois exceptionnellement chargé en matière de mémoire collective. Alors que dans les traditions rwandaises, Avril est aussi appelée « Mata », c’est-à-dire le moment de l’année où les vaches laitières donnaient le meilleur d’elles-mêmes à la communauté…pastorale, cette mémoire s’est évanouie ! Et désormais, chaque année, depuis 1995, le mois d’avril est synonyme de conflits de mémoires collectives, prolongement normal du conflit social réel dont les faits majeurs sont l’attentat contre l’avion présidentiel rwandais commis le 6 avril 1994 et l’extermination des Tutsis qui s’en est suivi.

 

A ces faits, il  faut ajouter, l’extermination de 8,000 déplacés Hutu dans les camps de Kibeho (Sud-Ouest du Rwanda), le 22 avril 1995, prélude à la destruction des camps de réfugiés hutu et leur annihilation dans les forêts de l’ex-Zaïre, une expédition punitive qui a fait, un an plus tard, au moins 300,000 morts.
Si toutes ces tragédies, (toutes sont le fait de Rwandais sur d’autres Rwandais), font partie intégrante des souvenirs individuels, conscients ou non, des proches des victimes et forment à juste titre leurs mémoires individuelles respectives, elles devraient aussi, faire partie de la conscience collective de la nation rwandaise, toutes sans exception. Hélas, nous assistons, depuis le 7 avril 1995, à une déconstruction de la mémoire collective et à la construction sur ses décombres, d’une mémoire sélective de la part de l’Etat FPR.
Aujourd’hui, un fait tout à fait nouveau et qui, à juste titre chamboule la communauté rwandaise en exil, surtout, ne cesse de s’amplifier : le début d’un processus de construction d’une amnésie collective que nous propose un tandem tout aussi inhabituel, à savoir des dissidents du FPR-Inkotanyi réunis au sein du RNC et des dissidents des FDU-Inkingi, emmenés par Nkiko Nsengimana.


La mémoire sélective du régime FPR


Depuis sa prise du pouvoir sous la direction de Paul Kagame, le Front patriotique rwandais, Fpr-Inkotanyi, a systématiquement mis en œuvre, avec beaucoup plus de succès que d’échecs, un processus de construction d’une mémoire sélective, qu’il présente pour duper son monde, comme « la »  mémoire nationale.  

Save on DeliciousShare via email
  • Date de parution :