LE CHANGEMENT ET LA DÉMOCRATIE PASSENT PAR LA VÉRITÉ ET LA JUSTICE

Eugène NDAHAYO

Premier Vice-Président des FDU-INKINGI

Le 24 mars 2012, l’Organisation des Nations Unies a célébré pour la deuxième fois la journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes.

L’objectif de cette Journée est entre autres :

-       d’honorer la mémoire des victimes de violations flagrantes et systématiques des droits humains et promouvoir l’importance du droit à la vérité et la justice;

-       de rendre hommage à ceux qui ont consacré leur vie à, et ont perdu la vie dans la lutte pour promouvoir et protéger les droits de l’homme pour tous;

 

Or, cette Journée est passée inaperçue pour les Rwandais. Que le régime de Kigali, qui bafoue les droits fondamentaux des victimes et qui se maintient par la dissimulation de la Vérité et la consécration de l’impunité dans ses rangs, ne s’en est pas fait l’écho ne peut surprendre personne : le pouvoir en place n’a aucun intérêt à s’approprier et rendre effectifs les objectifs de cette Journée parce que sa responsabilité dans le génocide et autres crimes contre l’humanité depuis 1990 serait étalée au grand jour. Tellement les faits sont abondants, précis et accablants. Le régime préfère continuer à stigmatiser les Hutu en les accusant de tous les torts. C’est pour lui politiquement plus payant. La communication faite autour du rapport d’expertise sur l’attentat du 6 avril 1994 remis le 10 février 2012 aux juges Trévidic et Poux et la tentative de disculper en pratique le général Kagame et son FPR en faisant dire à ce rapport que ce sont les militaires Hutu proches de Habyarimana qui ont commis l’attentat qui a déclenché le génocide en est la dernière illustration.

 

Mais que cette Journée ne soit pas prise en compte par les forces du changement  ne peut que susciter des interrogations. Je n’ose pas croire que c’est parce qu’elles trouvent cette Journée sans importance ; je le mets sur le compte du dévoiement moral et politique qui, depuis près de deux ans, s’installe sournoisement et détruit systématiquement toute action pensée en profondeur.

 

Il y a à peu près une dizaine d’années, pour ouvrir une perspective d’avenir, les principaux acteurs de l’opposition et de la société civile avaient fini par comprendre que la Vérité et la Justice sur les crimes du passé concernent l’ensemble de la société rwandaise et que, de ce fait, elles sont  une question centrale dans la lutte pour la fin du régime criminel actuel, la démocratie et la mise en place d’un Etat de droit dans notre pays. Dès lors, lutter pour que les auteurs de tous les crimes contre l’humanité commis au Rwanda, y compris le génocide de 1994 reconnu par les instances internationales et celui, non encore reconnu, à l’actif  du régime en place, soient sanctionnés figurait en bonne place des points de convergence entre les différents groupes. Et ça marchait ! Le régime de Kigali n’a été aussi fragilisé que quand il est confronté à ses propres crimes : souvenez-vous des effets du rapport du juge Bruguière en 2006 ou des mandats d’arrêts des 40 proches de Kagame par le juge Merelles en 2008 ou du rapport Mapping en octobre 2010 !

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