L’autre visage du génocide rwandais

Jean de Dieu Tulikumana
FDU-Inkingi

A la veille de la commémoration du 18ème anniversaire du génocide rwandais, qui peut mieux raconter les horreurs subies par la population hutu, longtemps considérée dans leur globalité par une certaine opinion comme les bourreaux des tutsi, que celui-là même qui a été témoin de leur tragédie.

 

Laissons donc la plume au lieutenant Ruzibiza, un officier de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) au pouvoir depuis juillet 1994 au Rwanda, qui a eu le culot de consigner par écrit les massacres à grande échelle, qu’il n’hésite d’ailleurs pas à qualifier de génocide contre les hutu, commis par ses congénères tutsi du Front Patriotique Rwandais (FPR) avant, pendant et après le génocide des tutsi.

 

Nous saisissons cette opportunité pour rendre hommage à sa ténacité et à son  sens du devoir. Que la terre lui soit légère.

 

Voici donc quelques extraits de son livre intitulé « Rwanda, l’histoire secrète », paru en 2005 aux éditions du Panama :

 

«A Ndera comme à Masaka, lorsqu’on avait fini d’entasser les cadavres, le lieutenant-colonel Jackson Rwahama et le lieutenant-colonel Karake Karenzi envoyaient, pour l’incinération, des camions pleins de barils d’essence en provenance de la station d’essence militaire de Kacyiru ou de la station d’essence de Kabuye près des anciennes citernes de la société Petrorwanda. Cela se passait deux fois par semaine. A l’aide des bulldozers, on allait jeter les cendres dans un endroit éloigné, souvent dans la rivière Nyabarongo. Durant les cinq premiers mois, c’est-à-dire jusqu’en décembre 1994, j’évalue à plus de cinquante mille le nombre de personnes tuées à Masaka sans compter celles qui ont été tuées à Kami-Ndera.

 

Avant de terminer ce chapitre, je vais passer en revue les principaux auteurs de cette hécatombe. A la tête figurait le Colonel Kayumba Nyamwasa qui était sous les ordres directs du Général-Major Paul Kagame.

Ensuite, venaient :

- Lieutenant-colonel Karake Karenzi,

- Lieutenant-colonel Jackson Mutabazi Rwahama, adjoint à la DMI,

- Major Steven Balinda

- Lieutenant Joseph Nzabamwita,

- Lieutenant Francis Mutangana,

- Capitaine Geoffrey Shema,

- Lieutenant Richard Isoke (il a été assassiné),

- Sergent John Cassius,

- Sergent Tharcisse Idahemuka,

- Sergent Augustin Hodari,

- Sergent Jérôme Mukunzi,

- Sergent Innocent Gasana qui représentait la Garde républicaine.

 

Le reste était constitué de simples soldats qui agissaient sous les ordres de leurs chefs. Je ne passerai pas sous silence le fait que les militaires qui étaient à Masaka, deux compagnies comptant plus de 250 hommes, étaient tous de l’ethnie tutsie et qu’ils ne faisaient que tuer et incinérer les corps, soit sur place, soit au parc national de l’Akagera. Il eut encore d’autres sites de tueries: les sites de Gabiro, de Rwinkwavu et Nasho en préfecture de Byumba, les sites de Kidaho et Nkumba en préfecture de Ruhengeri. Il était facile de capturer et de tuer un très grand nombre de Hutus parce que les militaires de l’APR étaient disséminés dans toutes les communes du pays.

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