Le rapport d’expertise français sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana est un arrangement politique au mépris du droit et de la justice.

Ce mardi 10 janvier 2012, les juges français, Marc Trévidic et Nathalie Poux, ont rendu public leur rapport d’expertise balistique sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion présidentiel rwandais qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana, à son homologue burundais Cyprien Ntaryamira et leurs collaborateurs ainsi qu’à tous les membres français de l’équipage et qui fut le point de départ de la reprise de la guerre et du génocide de
1994.

Ce rapport identifie six sites possibles à partir desquels les missiles qui ont atteint l’avion ont été tirés. L’un de ces sites, situé à proximité de l’aéroport et de la résidence du Président dans le jardin duquel les débris et les corps des victimes sont tombés, serait le camp militaire de Kanombe, qui abritait alors le bataillon para-commando des forces gouvernementales.

Ce faisant, prenant le contre-pied du rapport du juge Jean Louis Bruguière qui, à la saisine des victimes françaises, avait clairement conclu à la responsabilité des troupes du FPR-Inkotanyi en général et de l’actuel chef de l’Etat, le Général-Major Paul Kagame en particulier, le rapport d’expertise insinue ainsi que l’attentat aurait peut-être été commis par des éléments de l’armée gouvernementale d’alors.

Il convient de rappeler que neuf mandats d’arrêt internationaux, toujours en cours, ont été émis par la justice française en 2006 contre neuf collaborateurs militaires du Président Kagame et qu’une demande de poursuites à son encontre a été formulée à l’adresse du Secrétaire général des Nations Unies pour qu’il soit entendu par le Tribunal Pénal
International pour le Rwanda, en raison de sa qualité de chef d’Etat en fonction.

Comme on pouvait s’y attendre, au lieu de faire valoir ses arguments, le régime de Paul Kagame avait violemment rejeté le rapport Bruguière et décidé de rompre, unilatéralement, les relations diplomatiques entre le Rwanda et la France. En 2007, lorsque M. Bernard
Kouchner, ami du président Kagame selon ses propres termes, prend la tête du ministère français des affaires étrangères, il a fait de la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda l’une de ses priorités. Cette reprise a été l’objet de longues et âpres tractations, le rapport Bruguière en étant la pierre d’achoppement. 2

Tout de suite, le rapport du juge Bruguière fut au centre d’un marchandage politique, le régime de Paul Kagame n’acceptant la reprise des relations avec la France que si celle-ci reconsidérait sa position. De nouveaux juges ont, en effet, repris le dossier et en 2009, les relations entre les deux pays ont été effectivement restaurées.

Le présent rapport, bien qu’il n’infirme point celui du juge Bruguière quant à la provenance, l’acheminement des missiles ainsi que l’identité des tireurs, est l’expression d’un arrangement politique honteux, au mépris total du droit et de la justice, pour les victimes rwandaises, burundaises et françaises.

Les FDU-Inkingi en prennent acte. Mais, tout comme les victimes et les autres forces démocratiques rwandaises, elles ne peuvent se satisfaire d’un arrangement politique qui sacrifie la vérité et piétine la justice. De tels arrangements ont déjà débouché sur un déni total de justice de la part du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, qui à quelques mois de sa clôture, n’a instruit aucun dossier à charge des suspects appartenant à l’actuel
gouvernement, au mépris total de son mandat. De la même manière, le rapport « Mapping » sur les actes de génocide commis en RDC contre les Hutus entre 1993 et 2003 n’a été suivi d’aucune poursuite.

C’est pourquoi, les FDU-Inkingi appellent leurs militants, tout le peuple rwandais et les amis du Rwanda à se lever contre ces manœuvres qui couvrent les criminels et leur assurent l’impunité, et à se mobiliser pour l’avènement d’un Rwanda démocratique, doté d’une justice impartiale, indépendante et équitable, à même de rendre justice à toutes les victimes.

Fait à Lyon, le 12 janvier 2012
Eugène NDAHAYO
Premier vice-président

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