De l’impérialisme et du colonialisme : quand la bête immonde ressort ses tentacules…

Un lecteur nous a écrit…

Il y a bientôt  sept siècles – et plus encore si l’on considère les invasions arabes qui ont islamisé l’Afrique -  sous des prétextes fallacieux, que les puissances étrangères ont envahi ce qu’elles ont tour à tour, selon les époques et à leur guise, désigné comme : les terres inconnues, le monde sauvage, les barbares, les indigènes, le tiers monde, les pays sous-développés, les pays pauvres, les dictatures et j’en passe des pires. Il s’agit de l’Afrique et du reste du monde, sauf l’Europe, l’épicentre de ces puissances.

A les entendre encore aujourd’hui, c’est mues par les vertus d’amour, de compassion, de justice, d’équité, de philanthropie…bref, de toutes sortes de sentiments et d’attitudes éminemment inspirés et élevés que ces puissances se sont dévouées pour se porter, à leurs risques et périls, au secours des autres peuples qui sombraient dans l’animalité et la déchéance humaines. Ils vivaient, disent-ils encore à ce jour, dans la marge quelque part entre l’homme et l’animal. D’ailleurs, si on écoute bien le discours, ce sont eux qui, dans un élan d’amour infini, ont créé ces peuples en leur apportant la civilisation. Avant, il n’existait rien : ni pays, ni culture, ni langue, ni religion,…le vide absolu, le néant total.

Ce qui n’est pas dit mais perpétuellement et constamment présent dans les mémoires de tous les peuples ayant subi la soumission au joug de l’oppression coloniale, c’est que l’irruption de ces puissances dans la vie de nos peuples est synonyme d’innombrables catastrophes : elles ont défait les royaumes, saccagé les nations, décimé les peuples, détruit les cultures et les civilisations avant d’asseoir leur domination sur les rescapés et d’imposer leur implacable loi du plus fort.

Les puissances impérialistes agissent comme des vulgaires malfaiteurs : elles ne revendiquent jamais clairement leurs forfaits, préférant invoquer des justifications incroyables : la razzia des africains, la mise en esclavage et la colonisation ? C’était pour apporter la civilisation : les écoles, les hôpitaux, les routes, les langues, etc ! A ce prix-là, assurent-elles, c’était même très cher payer. La néo-colonisation ?  C’est l’aide humanitaire ! La coopération technique ! L’assistance économique, la promotion de la démocratie, la défense des droits de l’homme…sinon les pauvres noirs vont tous crever ! La générosité et la magnanimité des impérialistes est sans limites !

Le pire, c’est que cette situation continue et nul ne voit ni ne sait comment ni si elle s’estompera un jour. Car, le système a pris une forme propre, mène sa vie autonome et est devenu une composante qui influe grandement sur les peuples dominés, puisqu’ils en sont arrivés à en être demandeurs et protecteurs et à le perpétuer eux-mêmes. C’est lui qui mène la danse, module le tempo et induit les changements selon ses propres besoins et nécessités, en fonction de ses propres agendas et calendriers.

A l’époque des razzias et des colonisations, les africains ont vu leur espace envahi par des hordes de gens très mauvais, tuant, incendiant, violant, saccageant et emportant des femmes et des hommes valides pour les vendre comme de vulgaires marchandises. Nul ne sait comment l’idée leur a germé dans l’esprit mais n’importe qui peut comprendre qu’ils étaient motivés par leurs propres nécessités dans la mesure où, que l’on sache, aucun africain n’est allé chez eux auparavant pour prospecter, proposer ou négocier quoi que ce soit.

Aujourd’hui, avec le néocolonialisme triomphant, sous prétextes d’actions humanitaires, d’aide au développement ou de défense de la démocratie, des libertés et des droits de l’homme, l’on voit d’innombrables organisations qui se partagent toutes les franges de nos vies. Elles sont partout, dispensant des conseils, transmettent des pratiques dans la politique, les religions, l’économie, la santé, l’éducation, la justice,…aucun espace ne leur échappe. Elles dirigent proprement nos vies puisqu’elles contrôlent nos naissances, nos nourritures, notre éducation, notre développement, etc. Et pourtant, les choses vont très mal, de pire en pire.

Depuis le début de cette calamité des peuples conquis, si les souverains légitimes, les élites et les peuples fiers de leurs nations manifestent une quelconque velléité de résistance contre ces invasions étrangères et leurs relais-gardiens internes, ils sont systématiquement tués, emprisonnés ou exilés. Dans le même temps, les envahisseurs prennent toujours le soin d’implanter et de maintenir leur système les tenant de l’ordre national authentique par les pantins ou les traîtres prêts à vendre leur âme au diable. Tel est la genèse et l’état de fait du système qui prévaut depuis des siècles à nos jours à l’endroit de nos peuples. Seulement, étant nous-mêmes le produit dudit système, nous sommes trop proches de lui pour le voir opérer à tous les instants et à tous les échelons de notre vie quotidienne.

Qu’on se souvienne : qu’ils s’agissent des razzia des africains, de l’esclavage, des abolitions, des colonisations, des décolonisations et maintenant des époques d’aide humanitaire, d’assistance économique, de coopérations bilatérales et de la mondialisation, jamais les peuples dominés et notamment les africains n’ont eu à donner aucun de leurs avis. Tous ces évènements ont toujours été déclenchés de l’extérieurs et à l’insu des africains eux-mêmes pour répondre aux nécessités des seuls impérialistes : c’est lorsque les impérialistes ont désiré s’enrichir sans se fatiguer, qu’ils ont eu besoin de la main d’œuvre et des matières gratuites, qu’ils sont venus se servir chez les peuples sans défenses. Lorsque le travail de l’esclave a permis l’invention des machines, l’on avait plus besoin de lui. Comme l’entretien des colonies était trop couteux, il valait mieux former les colons substituts autochtones ; ce qui ne justifiait plus la présence physique des colons étrangers. Ainsi donc, lorsqu’il y eut recouvrement des indépendances – que d’ailleurs les impérialistes qualifient d’octroi (un cadeau en somme donné aux sauvages) – il y a eu beaucoup de joie et de bonheur sans compter sur la ruse et les capacités de métamorphoses de la bête immonde.

De fait, tout le monde sait, aujourd’hui, que nos pays n’ont jamais conquis leurs indépendances et que nous sommes toujours sous le joug de l’oppression impérialiste. Nous constatons cela avec la génération finissante de ces fameuses indépendances qui n’ont rien fait de brillant pour leur pays et leurs peuples et qui donnent l’image de subalternes des puissances occultes. Ce qui se passe aujourd’hui est un miroir qui nous éclaire et reflète sur ce qui s’est passé il y 50-70 ans. Ce qui s’est passé à l’époque, était l’aboutissement de beaucoup d’autres choses passées depuis le début de cette catastrophe des peuples africains. Pire encore, tout ceci présage indubitablement ce qui arrivera dans l’avenir si proche.

Save on DeliciousShare via email
  • Date de parution :