Déclaration des FDU-Inkingi sur la visite de Paul Kagame en France

Autant les FDU-INKINGI ont, en son temps, condamné la rupture des relations d’Etat à Etat entre la France et le Rwanda, à l’initiative du Gén. Paul Kagame, autant elles ont considéré que leur rétablissement était dans l’intérêt des deux peuples. Cependant, c’est avec regret que les FDU-INKINGI ont appris que la France maintient son intention d’accueillir sur son sol, les 12 et 13 septembre 2011, Paul Kagame, un criminel suspecté d’horribles crimes, avec les honneurs dus à un chef d’Etat.


1.      Le rapport Mapping rendu public le 01 octobre 2010 par le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, considère que les crimes commis sur les réfugiés hutu en République Démocratique du Congo, RDC, principalement par l’armée patriotique rwandaise, dont Paul Kagame était et reste le commandant-en-chef, pourraient constituer, s’ils étaient soumis à un juge, un crime de génocide. La France ne devrait pas recevoir un homme suspecté de génocide, fût-il chef d’Etat en fonction. Le recevoir est une insulte à la mémoire des victimes rwandaises, burundaises, congolaises et françaises.


2.      L’enquête menée par le juge espagnol Andreu Merelles a également conclu que Paul Kagame est l’instigateur des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité commis contre les Rwandais et les Congolais, au Rwanda et en RDC entre 1990 et 2002, qui ont également emporté la vie de six citoyens espagnols et pour lesquels quarante officiers de l’armée patriotique rwandaise (actuelle armée gouvernementale) sont recherchés par la justice en Espagne.


3.      L’enquête menée en France par le juge Jean-Louis Bruguière a conclu que Paul Kagame était le principal commanditaire de l’attentat du 6 avril 1994, considéré comme l’élément déclencheur du génocide de 1994, qui a emporté les chefs d’Etat du Rwanda et du Burundi et leurs suites ainsi que leur équipage français, et a replongé les deux pays dans la guerre civile et dans deux guerres aux dimensions régionales en RDC, avec un coût humain exorbitant, soit plus de six millions de morts. L’instabilité de la région reste préoccupante à ce jour.


4.      Paul Kagame est également suspecté d’avoir trempé dans l’assassinat du Président congolais Laurent Désiré Kabila. Les témoignages de plusieurs personnes impliquées dans cet assassinat le pointent du doigt. D’autres témoignages indiquent qu’il a joué un rôle dans l’assassinat du premier président démocratiquement élu du Burundi, feu Melchior Ndadaye. Il est ainsi suspecté d’avoir un rôle dans l’assassinat de quatre chefs d’Etat de la région entre 1993 et 2001. Un tel homme ne devrait pas fouler le sol d’un pays qui se considère comme la patrie des droits de l’homme.


5.      Paul Kagame est un autocrate dont les principaux collaborateurs, notamment son ancien chef d’Etat-major, son ancien directeur de cabinet, son ancien chef des renseignements extérieurs ainsi que son ancien procureur général affirment qu’il a ordonné des centaines d’assassinats d’opposants politiques avérés ou supposés, et cela depuis son arrivée à la direction du Front patriotique rwandais en 1990. Un tel homme dont les mains dégoulinent de sang ne devrait serrer aucune main officielle, ni en France, ni dans aucun autre pays au monde.


6.      Lors de simulacres d’élections tenues en 2003 et en 2010, il a jeté en prison tous ses rivaux potentiels; l’ancien président de la république Pasteur Bizimungu et le candidat indépendant Théoneste Niyitegeka aux élections présidentielles de 2003 ainsi que la présidente des FDU-INKINGI Victoire Ingabire Umuhoza, candidate de notre organisation à celles de 2010. Le premier est sérieusement débilité après la « grâce présidentielle ». Les deux derniers croupissent toujours en prison. Les charges sont de grossières fabrications, les enquêtes sont uniquement menées à charge et les témoins de l’accusation sont des co-accusés manipulés par le bureau du procureur. Les témoins de la défense sont impossibles à produire pour des raisons de sécurité alors même que les juges sont des magistrats aux ordres chargés de déguiser la répression politique en procès pénal. Dans un simulacre de procès dont l’ouverture est prévue le 5 septembre 2011, notre Présidente Madame Victoire Ingabire Umuhoza, risque la prison à vie.


7.      D’autres dirigeants de l’opposition, notamment Déogratias Mushayidi, président du Pacte de Défense du Peuple (PDP-Imanzi), Maître Bernard Ntaganda, président du Parti social-Imberakuri ainsi qu’André Muganwa, président du « National Democratic Party » ont été condamnés à des peines de prison très lourdes, y compris la prison à perpétuité, pour le leader du PDP-Imanzi.


8.      Des journalistes et des activistes des droits humains sont en prison, alors que d’autres ont été forcés de quitter le pays. Les journalistes Agnès Nkusi et Saidati Mukakibibi ont été condamnées à de lourdes peines de prison alors que Jean-Léonard Rugambage a été purement et simplement tué pour avoir couvert une enquête sur l’attentat manqué en juin 2010 contre un général dissident du régime en Afrique du Sud.


9.      Le régime Paul Kagame est responsable d’une chasse organisée contre ses opposants à l’étranger, où il n’hésite pas à envoyer des escadrons de la mort. Il a ainsi commis des assassinats au Kenya en 1996 et en 1998 et au Cameroun en 2002. Il a tenté de commettre des assassinats en Afrique du Sud, en France, en Belgique et au Royaume-Uni.


10.  Paul Kagame a totalement verrouillé l’espace politique en refusant l’enregistrement de tous les partis non inféodés à l’ancien mouvement rebelle, le Front patriotique rwandais. Il s’agit chronologiquement du PDR-UBUYANJA, d’ADEP-AMIZERO, du Parti Démocratique des Verts, du Parti Démocratique National et de notre organisation, les FDU-INKINGI. Il a organisé une faction inféodée au pouvoir et jeté en prison les dirigeants indépendants du seul parti d’opposition enregistré à ce jour, le Parti Social-Imberakuri.


Les FDU-INKINGI estiment que la place d’un tel homme n’est certainement pas le tapis rouge et l’inspection de la garde d’honneur, moins encore, une tribune d’honneur devant un parterre d’hommes et de femmes d’affaires, mais le prétoire d’un tribunal. Au nom de la mémoire de ses innombrables victimes congolaises, burundaises, espagnoles, françaises, canadiennes, croates et rwandaises, les FDU-INKINGI demandent à la France, officielle ou non, de ne pas recevoir cet homme.

Si une telle visite devait avoir lieu malgré tout, ce serait une blessure supplémentaire à leur mémoire, en même temps qu’elle serait le signal de l’inauguration en France d’une ère d’impunité pour ce criminel et la confirmation d’un déni de justice pour toutes ses victimes.


Fait à Bruxelles, le 02 septembre 2011


Pour les FDU-INKINGI


Eugène NDAHAYO

Premier Vice-Président

 

Télécharger le document pdf

Save on DeliciousShare via email
  • Date de parution :