La présence du président Paul Kagame ternit l’image de l’Union Européenne

Quelques semaines à  peine après la publication d’un rapport de l’ONU accusant le régime du président Paul Kagame de crimes de guerre , de crimes contre l’humanité et de possibles crimes de génocide contre  les réfugiés hutus rwandais et  les citoyens congolais, l’Union européenne s’apprête à lui dérouler le tapis rouge et à lui donner une tribune pour continuer à railler  le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme qui a réalisé ce rapport ainsi que les Nations Unies qui ont autorisé sa publication malgré d’énormes pressions du gouvernement rwandais et de ses lobbies.

Lors d’une tournée en Afrique de l’Ouest, le président Kagame n’a cessé de solliciter ouvertement le soutien de ses pairs, pour faire échec à ce rapport, dont la  suite est attendue non seulement par les Rwandais, mais aussi par le peuple congolais qui a payé un très lourd tribut lors de l’occupation de son territoire par les troupes de l’Armée Patriotique Rwandaise du président Paul Kagame.

La présence du Président Paul Kagame pour une conférence consacrée aux questions du développement et dont le thème sur lequel interviendra ce président dictateur concerne l’émancipation de la femme paraît d’autant plus inopportune et choquante que la toute première femme à avoir osé revendiquer le droit à une libre expression politique, madame Victoire Ingabire Umuhoza, croupit en prison sous de fallacieux chefs d’accusation de terrorisme. La visite intervient également au moment où des délégations du régime sillonnent l’Europe pour semer la zizanie parmi la diaspora rwandaise, et où le régime intensifie sa campagne de terreur contre des citoyens rwandais ou d’origine rwandaise qui refusent de collaborer à la falsification de la vérité ou qui osent tout simplement réclamer leurs droits fondamentaux de participation à la vie politique de leur pays.

Le comité de soutien des FDU estime que l’Europe, berceau de la démocratie et des droits de l’homme, envoie un très mauvais signal au régime rwandais, qui prendra cette tribune comme une caution à sa politique de répression politique. Le comité de soutien des FDU rappelle que le Haut Commissaire chargé de la politique étrangère, Le Haut représentant pour les affaires étrangères de l’Union Européenne, Catherine Ashton avait plaidé pour une enquête indépendante à la suite des assassinats du journaliste Jean Léonard Rugambage, ainsi que du vice-président du parti des Verts, André Kagwa Rwisereka. Cette enquête n’a jamais eu lieu et l’Union européenne ne s’en est jamais émue.

L’impunité conférée au Président Paul Kagame et à ses collaborateurs par la Communauté Internationale, est à l’origine des crimes successifs que son régime continue de commettre en Afrique centrale contre les populations civiles innocentes. Le président Paul Kagame a, à son actif, l’assassinat des chefs d’Etat du Rwanda et du Burundi, lors de l’attentat terroriste contre l’avion du Président rwandais Juvénal Habyarimana, le 06 avril 1994, attentat ayant marqué le point de départ du génocide rwandais. Deux magistrats le français Jean Louis Bruguière et l’espagnol Fernando Andeu Merelles ont lancé des mandats d’arrêt contre respectivement 9 et 40 proches du président Paul Kagame, qui lui-même n’a été épargné qu’à cause de son immunité de chef d’Etat. Des pressions énormes ont été exercées pour empêcher ou ralentir les procédures visant à traduire en justice ces proches du Président Paul Kagame. Le TPIR basé à Arusha, et qui est compétent pour instruire tous les crimes commis au Rwanda en 1994 s’est refusé complaisamment à poursuivre les militaires de l’APR, ayant eu une responsabilité dans les crimes commis au Rwanda pendant la période précitée, ce qui a eu comme conséquence de permettre à ces militaires de poursuivre sur la même lancée en République Démocratique du Congo pour y commettre d’autres crimes. Il est temps qu’un signal fort soit donné pour montrer qu’il n’y a pas de place pour l’impunité pour de tels crimes. Dérouler un tapis rouge à un présumé criminel contribue à encourager tous les criminels qui peuvent penser qu’il suffit d’être au pouvoir pour échapper à la justice et fouler aux pieds tous les droits fondamentaux sans aucune inquiétude.

Le Comité de Soutien aux FDU-Inkingi s’étonne aussi que le régime du Président Paul Kagame continue de bénéficier des largesses de l’Union Européenne, au moment où tous les indicateurs économiques mettent en évidence un fossé croissant entre les besoins de la majorité de la population et les ambitions militaristes du régime. Que plus de 70% des Rwandais vivent encore sous le seuil de pauvreté, malgré plusieurs années d’aides massives de la Communauté Internationale, y compris de l’Union Européenne, est interpellant. Il est dans l’intérêt de tous, que l’Union Européenne aide, non pas le régime du Président Paul Kagame, mais le peuple rwandais, qui a besoin aussi d’espace politique pour participer à la gouvernance de leur pays.

Fait à Bruxelles, le 03 décembre 2010

Eugène Ndahayo

Président du Comité  de Soutien aux FDU-Inkingi

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