Contre toute attente, la Haute Cour refuse la libération provisoire de Mme Victoire Ingabire Umuhoza

Malgré la légèreté des preuves de l’accusation pendant l’audition du 8 Novembre 2010, la Haute Cour a surpris les Rwandais et tous les défenseurs des droits de l’homme et a décidé de suivre le procureur. Elle a décidé en effet, que la Présidente des FDU-INKINGI devait rester en prison dans l’attente de son procès. La lecture du verdict a commencé à 15h50 et s’est achevée à 16h40 devant une foule immense de spectateurs, y compris les membres du parti FDU-INKINGI.

Vous vous rappellerez que, pendant l’audition, le procureur avait peiné pour convaincre la Cour de la légitimité de maintenir Mme Victoire Ingabire Umuhoza en prison. Parmi des contradictions flagrantes et l’incohérence, le procureur s’était même aventuré en fournissant comme preuve de culpabilité la fosse de récupération des eaux usées trouvée dans le jardin de la maison de Mme Victoire Ingabire, un fait qui démontre amplement la faiblesse du dossier et sa nature politiquement motivée.

Le public se rappellera qu’avant cette arrestation, le 8 octobre, ainsi que, avant même celle d’Avril 2010, l’accusation s’était vantée d’être en possession de preuves accablantes contre l’accusée. Au lieu de produire ces preuves devant la Cour, le procureur a eu recours à des faux documents, dans le seul but de maintenir derrière les barreaux une femme innocente.

La décision de la Haute Cour révèle l’objectif du gouvernement d’instrumentaliser l’appareil judiciaire dans son effort de réduire au silence toutes les voix critiques. Le régime rwandais utilise aussi ce cas comme un écran de fumée, pour détourner l’attention publique du rapport accablant des Nations Unies, le rapport Mapping, qui a révélé les atrocités commises par son armée en République Démocratique du Congo (RDC). Cela a été illustré par l’envoi en Europe d’une forte délégation officielle de propagande et dont l’ordre du jour était de diaboliser l’opposition et de relativiser les crimes contre l’humanité commis en RDC.

Tous les membres du parti FDU-INKINGI expriment leur solidarité sans faille envers leur Présidente et promettent de poursuivre ses idéaux afin que la lutte pour la justice amorcée par Mme Victoire Ingabire Umuhoza continue. Ils appellent tous les Rwandais qui aiment la paix et la justice à se joindre à eux pour réaliser cet objectif. Aucune répression politique ne pourra venir au bout du besoin des droits civils et politiques élémentaires.

La direction des FDU-INKINGI fait appel aux véritables amis du Rwanda pour mettre la pression sur le régime afin qu’il ouvre l’espace politique et cesse de dire que cet espace est plein, surtout que de tels discours agrandissent le fossé entre la population et le gouvernement.

En outre, les amis du Rwanda devraient unir leur force et demander l’installation d’un mécanisme juridique ad hoc pour identifier et juger les responsables des crimes commis en RDC contre les réfugiés Rwandais et la population congolaise, comme le demande le rapport Mapping des Nations Unies.

Il est étrange de voir comment le gouvernement rwandais se réfère aux rapports de l’ONU pour justifier l’arrestation de Mme Victoire Ingabire et refuse de considérer les rapports de cette même institution quand celle-ci demande la poursuite des responsables des crimes commis en RDC.

Continuer à tolérer des tentatives du gouvernement pour contrecarrer ce rapport en écrasant l’opposition politique est une voie dangereuse, car, elle renforce la culture de l’impunité, qui est la cause première de toute la misère de la sous-région.

Le constat est que le régime de Kigali ne veut laisser à l’opposition politique aucun espace d’expression pacifique pour un changement démocratique. Il est grand temps que les pays qui aident le gouvernement rwandais se rendent compte que c’est leur aide qui contribue au renforcement de la tyrannie politique et maintient une nation entière dans la servitude. La stabilité régionale à moyen terme, basée sur un gouvernement totalitaire qui, de plus, a commis des crimes très graves contre le droit humanitaire international et contre les droits de l’homme, est un leurre. Nous recommandons vivement aux principaux bailleurs de fonds de revoir complètement leur coopération avec le gouvernement et, au besoin, d’imposer des sanctions économiques ainsi que la limitation des voyages à l’étranger des principaux dirigeants politiques et militaires et de leurs familles directes.

Fait à Bruxelles, le 12 Novembre 2010

Eugène Ndahayo

Président du Comité de Soutien aux FDU-INKINGI

 

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